GFME 20/12/2017
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La lettre de l'ARTC, décembre 2017

L'institut de France a récompensé le Professeur Delattre et son équipe de 100.000 €, avec le Grand prix des fondations.

Pr J.Y. Delattre

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La Fondation NRJ pour les neurosciences sous l’égide de l’Institut de France récompense la recherche sur l’apport de la génomique à la classification, la compréhension et la prise en charge des tumeurs gliales de l’adulte.

Bravo au Professeur Jean-Yves Delattre
LAURÉAT DU PRIX SCIENTIFIQUE 2017


Lors d’une cérémonie solennelle sous la Coupole de l’Institut de France mercredi 7 juin à 15h, la Fondation NRJ-Institut de France remettra son Prix Scientifique, doté de 100 000 €, au Professeur Jean-Yves DELATTRE (neurologue et directeur médical de l’Institut du Cerveau et de la Moelle à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière) pour encourager ses travaux de recherche sur l’apport de la génomique à la classification, la compréhension et la prise en charge des tumeurs gliales de l’adulte.

Son orientation précoce en neuro-oncologie, a conduit Jean-Yves DELATTRE chez Jerome Posner, pionnier de la discipline, au MSKCC de New York (Memorial Sloan Kettering Cancer Center) dans les années 80. De retour en France, il prend la direction du service de Neurologie Mazarin et crée avec ses collègues Marc Sanson et Khê Hoang-Xuan le laboratoire de Neuro-Oncologie (ainsi que la banque et la base de données cliniques des tumeurs cérébrales) de la Salpêtrière qui constitue un outil unique en Europe. Ses travaux sur la caractérisation moléculaire des tumeurs cérébrales ont permis d’identifier et de déterminer la pertinence de nouveaux biomarqueurs qui s’avèrent aujourd’hui précieux pour améliorer la prise en charge des patients et sont intégrés dans la nouvelle classification des tumeurs cérébrales de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Actuellement, son principal projet est de développer une unité de thérapie expérimentale qui puisse accélérer considérablement (« autoroute thérapeutique ») le transfert de thérapies innovantes au lit du patient.

Jean-Yves DELATTRE anime également le pôle des maladies du système nerveux à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Assemblée générale :
Elle aura lieu le samedi 24 mars 2018 à l'hôpital de La Pitié Salpêtrière, 75013 PARIS; Les adhérents recevront une convocation en février.

Régime et prévention :
Une étude de l'Institut National du cancer concernant le jeune et les régimes restrictifs montre qu'il n'y a pas de preuve d'un effet protecteur chez l'être humain en prévention primaire (à l'égard du développement des cancers) ou d'un effet bénéfique pendant la maladie (qu'il s'agisse d'un effet curatif ou d'une optimisation de l'effet des traitements des cancers).s

Le projet Oncovirac
Oncovirac signifie ONCOlytic VIRus Armed for local Chemotherapy
Par le Docteur Ahmed IDBAIH La Salpêtrière

 

Dr IDBAIH Ahmed

Le Docteur Ahmed IDBAIH est responsable de la plateforme de thérapie expérimentale GLIOTEX à l'ICM (Institut du cerveau et de la moelle épinière) projet soutenu par l'ARTC. Le projet Oncovirac est un essai clinique de phase 1 (toxicité, maximum de dose tolérée). C'est un essai de virus oncolytique dérivé de la "vaccine", virus dérivé de la variole qui est modifié génétiquement pour être plus efficace et aussi bien toléré (pas de fièvre). Le Docteur Idbaih bénéficie d'une participation du Ministère de la santé dans le cadre du programme hospitalier dze recherche clinique (PHRC) et d'un laboratoire industriel Transgene. La promotion est assurée par l'APHP et se déroulera à La Salpêtrière. Il répond aux questions.

Interview du Dr IDBAIH

Que signifie Oncovirac ? Pouvez-vous nous présenter le projet et votre rôle au sein de celui-ci ?
Oncovirac, qui signifie 0NCOlytic VIRus Armed for local Chemotherapy, est un essai clinique de phase 1 (cf. question suivante). ll s'agit d'un virus oncolytique dérivé de la <<vaccine», un virus de la famille de la variole. ll a été bien entendu modifié génétiquement pour, d’une part, être plus efficace dans le rôle antitumoral qu’on attend de lui, et d’autre part, être bien toléré. Cet essai clinique de phase 1, dont je suis l’investigateur principal, bénéficie d'un financement mixte : du Ministère de la santé dans Ie cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) et d’un laboratoire industriel appelé Transgene. La promotion est assurée par l’APHP et se déroulera à la Pitié-Salpêtrière.
Pouvez-vous nous décrire les principales phases des essais cliniques ?
Brièvement, une phase 1 a pour principal objectif d’évaluer la tolérance d’un traitement innovant avant d’envisager d’évaluer son efficacité dans le cadre de la phase 2. ll s’agira d’une première administration de ce traitement chez l’Homme. Elle contribue aussi a déterminer la dose optimale en termes de tolérance du médicament. Une phase 2 essaie d’évaluer l’efficacité du traitement. Une phase 3 étudie |’efficacité du médicament, en comparant les résultats avec les traitements de référence.

Comment des mécanismes viraux vont-ils pouvoir être utilises contre une tumeur ?

Le virus va infecter les cellules qui prolifèrent rapidement, donc les cellules tumorales principalement. En se multipliant dans la cellule tumorale, il va entrainer sa destruction. Il va ensuite y avoir des débris de ces cellules tumorales dans le cerveau. Ces débris vont venir stimuler le système immunitaire de l’organisme, comme le ferait un vaccin. Les cellules immunitaires vont ensuite détruire les autres cellules tumorales. De plus, ce virus a été modifié pour avoir la capacité de transformer un antibiotique en une chimiothérapie. On va donner au patient l’antibiotique par voie orale. En passant par le sang, cet antibiotique va pénétrer le cerveau et entrer en contact avec le virus qui va, au sein de la tumeur, le transformer en une chimiothérapie antitumorale.
A propos du Dr Ahmed IDBAIH, responsable de la plate-forme de thérapie expérimentale GLIOTEX à l’lnstitut du cerveau et de la moelle (ICM), soutenue par l’ARTC, présente le projet Oncovirac, qui utilise un virus pour traiter les tumeurs cérébrales dans un nouvel essai thérapeutique. Y a-t-il des risques que le virus vise également d’autres cellules que les cellules tumorales, et qu’il soit donc dangereux pour l’organisme du patient?
C'est l’une des questions que |’on va’ poser dans le cadre de|'essai : la toxicité du traitement. A priori, il devrait cibler les cellules se divisant rapidement, donc tumorales. Mais il est possible qu’il infecte aussi des cellules saines. Dans le cadre de la phase 1, nous évaluons ces effets indésirables potentiels. La méthode consiste a donner au patient des doses très progressives en commençant par des doses tres faibles du virus, et en les augmentant progressivement.

Oncovirac peut-il être a priori propose pour tous les types de tumeurs cérébrales ?
On espère que ce traitement pourra être propose a tous les patients souffrant d’une tumeur maligne. Aujourd'hui, on le propose dans un premier temps aux patients qui souffrent de la tumeur maligne la plus fréquente, le glioblastome, et qui ont une récidive après Ie traitement standard. Mais il n'y a pas de raison qu’il ne soit aussi propose dans un second temps aux patients présentant d’autres types de cancers cérébraux.

Donc, Oncovirac serait plutôt un traitement de deuxième intention ?
Oui, ce ne sera qu’a partir du moment ou il aura montre des signaux d'efficacité dans les récidives, après échec du traitement de première ligne, qu’il pourra être éventuellement proposé plus précocement dans la prise en charge initiale du patient.
L'idée d’utiliser un virus pour détruire une tumeur apparait novatrice. Avez-vous des prédécesseurs ?
Oui, cette approche est explorée depuis relativement longtemps. Mais la première autorisation de mise sur le marche est récente et concerne le traitement d'un cancer de la peau, le mélanome. En octobre 2015, l'Agence américaine des produits alimentaires et des médicaments (FDA) a autorise la première immunothérapie oncolytique (qui participe a la destruction des cellules cancéreuses).

 

Mieux connaître les tumeurs du tronc cérébral par le Docteur Florence LAIGLE-DONADEY et le Docteur Alberto DURAN

 

Tout savoir sur le tronc cérébral


Dr Florence Laigle-Donadey

 

Mieux connaître les tumeurs du tronc cérébral
FLD :
Que sait-on des tumeurs du tronc cérébral ?
Ces tumeurs ont la particularité de toucher une zone du cerveau stratégique où passent des faisceaux nerveux essentiels dans le contrôle des fonctions vitales comme la vigilance, la motricité oculaire, ou la déglutition, et qui contribuent a l’autonomie. C’est une région anatomique qui est particulièrement vulnérable quand elle est atteinte par une lésion tumorale. Les traitements sont mal connus, car il ya peu de données issues d’essais cliniques contrôlées. Le traitement de référence est la radiothérapie.

L’objectif du groupe de travail Glitrad (Gliome du Tronc de l’Adulte), qui a été crée sous l’égide de l’ANOCEF* et fait partie du projet TUCERA (TUmeurs CErébraIes RAres), labellisé par l’INCA, est de mieux connaitre cette maladie rare chez l’adulte et d’en améliorer le diagnostic et le traitement. L’une des difficultés principales est de pouvoir disposer d'un prélèvement tumoral de taille suffisante pour une analyse complète de la tumeur, qu’elle soit histologique, au microscope, ou moléculaire, a partir de l’ADN extrait de la tumeur, car le diagnostic se fait le plus souvent sur une biopsie de petite taille en raison du risque opératoire qui est élevé.

Quels projets de recherche menez-vous actuellement ?
FLD :
Sur le plan thérapeutique, le projet Temotrad, qui a été sélectionne par le Ministère de la santé et l’lNCa pour bénéficier d'un financement national, va impliquer une vingtaine de centres français qui vont évaluer l’efficacité de la chimiothérapie. Le Dr Duran s’occupe des questions de diagnostic.
AD :
Un autre projet dans lequel je suis directement implique vise a construire une base nationale de données de la maladie, recensant Ies caractéristiques cliniques et radiologiques des patients, afin de mieux définir Ies critères diagnostiques de la maladie. Ce travail doit contribuer a réduire les erreurs diagnostiques et à recenser les pièges diagnostiques ; ainsi, ne pas confondre les tumeurs du tronc cérébral avec des maladies infectieuses ou inflammatoires, dont le traitement serait bien sur tout a fait différent. Des recommandations diagnostiques pourraient être notices pour optimiser le bilan diagnostique initial.
Quelle est l’échéance des recherches ?
FLD :
 ll s’agit d'une maladie rare. Le groupe a été créé en Juin 2013, avec des réunions de concertation mensuelles, pluridisciplinaires, et réalisées de façon nationale par vidéoconférence. Des neurochirurgiens, des radiothérapeutes, des neuro-oncologues participent a ces réunions et formulent des recommandations collégiales. Ces réunions contribueront au recrutement des patients dans ces études. Le projet Temotrad est financé sur quatre ans, la maladie est rare et pour répondre à la question qui touche a l’intérêt d'une chimiothérapie, une recherche à long terme sera nécessaire. Ceci dit, un travail patient et de qualité conduira nécessairement a des résultats dans l'étude d'une tumeur sur laquelle il reste tant a découvrir si l’on veut en améliorer le traitement. I
ANOCEF *Association des neuro—oncologues d’expression française.


La video de l'interview